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Télémédecine (ANTEL 2013) : les libéraux s’y mettent

Le 6e congrès européen de l’Association nationale de télémédecine (ANTEL) s’est penché les 15 et 16 novembre sur la place de la télémédecine dans le parcours de soins. Mettant ainsi en lumière l’implication croissante des médecins ville, sans attendre les financements de l’acte de télémédecine qui vont faire l’objet d’une préfiguration pendant quatre ans…

Préfiguration de tarifs d’acte sur 4 ans

Intervenant en vidéo lors de l’ouverture du congrès, Marisol Touraine l’a précisé : l’expérimentation (prévue dans le cadre du PLFSS) porte sur le déploiement de solutions de télémédecine (téléconsultation, télé-expertise, télésurveillance) pour les prises en charge en ville ou dans les structures médico-sociales comme les Ehpad. Cet essai va durer 4 ans dans plusieurs régions. Cela permettra de mieux impliquer les acteurs de la ville au delà des murs de l’hôpital et de mettre en place des financements de préfiguration. Il faut lever l’obstacle que constitue, pour l’implication des libéraux, l’absence de tarifications des actes de télémédecine Les deux exigences : la qualité des soins, l’efficience dans la prise en charge et pour la collectivité. Mais s’il faudra attendre encore quatre ans…
L’implication des libéraux apparaît en effet aujourd’hui indispensable à tous.

Des libéraux formés et intéressés

Pour son monitoring de HTA avec six mesures quotidiennes, le Dr Patrick Dary du CH de Saint Yrieix a développé le protocole technique avec 5 maisons médicales. Cela permet en effet au médecin de réévaluer son traitement (Valsartan) en fonction des résultats des mesures. 90 % des patients ont adhéré au protocole et font les mesures qui sont transmises par téléphone. La télémédecine est un levier de nouvelles coopération entre médecine de ville et hôpital devait aussi expliquer le Dr Puech, du Havre, en en prenant pour exemple le projet de téléradiologie qui fait travailler ensemble radiologues du Havre et de Dieppe, médecins libéraux comme lui, hospitaliers et experts de la CGTR opérateur privé en téléradiologie. La CGTR permet en effet d’assurer les gardes et permanences nocturnes. Une fois le cadre juridique trouvé avec une convention d’exercice de téléradiologie signée par les trois parties, le plus long à résoudre, ce furent les contraintes ordinales, les confrères ne voulant pas participer au réseau ayant déposé un recours… Le cabinet de téléradiologie réunit douze radiologues qui y travaillent une fois par semaine. Avec PIMPS (plate-forme interactive médecins patients santé), le Dr Patrick Jourdain du CH de Pontoise a mis en place avec ses confrères de l’hôpital Georges Pompidou et du CHU de Nancy Brabois l’utilisation de l’automesure à domicile d’un biomarqueur (le BNP) chez des patients insuffisants cardiaques. Les patients reçoivent une balance, une box par laquelle sont envoyés les résultats et un dispositif de mesures. Pour le moment c’est une étude clinique portant sur 330 patients randomisés qui seront suivi pendant un an. Les médecins généralistes sont invités à collaborer : ils ont été formés et ont accès au dossier de leurs patients. Ils sont amenés à modifier leur traitement en fonction des événements.
Dans ces associations ville hôpital, le médecin libéral peut devenir collaborateur occasionnel du service public, ce qui transfert sa responsabilité vers l’établissement, rappelle Lina Williatte, juriste ( barreau de Lille).
Télémedinov dans le Nord ouest de la Vendée, lauréat d’un des appels à projets forme un réseau ville-hôpital avec 40 médecins libéraux, une pharmacie rurale une douzaine d’Ehpad et une La pharmacie de Commequiers s’est équipé d’une petite salle de téléconsultation et a déjà testé la télédermatologie (pour des plaies) et la téléophtalmologie. C’est la phase 1 d’un vaste projet destiné à mobiliser toute une zone géographique.
Tirant un premier bilan de l’action du GCS e-santé Picardie, le Dr Christine Boutet-Rixe explique l’évolution vers Comedi-e, la plate-forme urbanisée du service régional de télémédecine. « Pour le moment une centaine de professionnels de santé sont montés dans le train, souligne-t-elle, aujourd’hui nous avons par exemple, des infirmières qui prennent des photos chez les patients pour une expérience de télédermatologie ». La région Aquitaine équipe les Maisons de santé pluridisciplinaires en tablettes.
Le décloisonnement vers la médecine de ville a peut-être été mal compris au départ, mais ce n’est plus le cas.

 



Symptosite : le suivi clinique en ligne des patients

Psychiatre à Nancy et passionné de nouvelles technologies, Marc Ounnoughoune a eu l’idée de Symptosite en se demandant avec d’autres confrères comment alléger le travail des praticiens et leur faire gagner du temps. L’arrivée du « cloud » permet en effet de développer de nouveaux services en ligne utiles aux médecins et à leurs patients. En développement depuis 2012, le site est ouvert depuis mars 2013.

Le suivi clinique avant et après la consultation

« Les logiciels de suivi clinique que nous avons développés servent en pré-consultation dans les disciplines où les patients doivent répondre à des questionnaires et en suivi clinique lorsque les patient doivent remplir des notes sur leur comportement ou leurs symptômes ». Plusieurs modules ont donc été conçus dans des domaines comme les troubles alimentaires (cahier alimentaire), la pathologie du sommeil (agenda du sommeil), les troubles de l’humeur, la douleur chronique, l’asthme et l’insuffisance respiratoire chronique, etc. Les modules rassemblent des outils de notation, des questionnaires anamnestiques spécifiques ainsi que des échelles validées de pratique courante. Le médecin créé un compte patient sur la plate-forme et prescrit une notation au patient qui se connecte de chez lui (une fonction de rappel par mail est prévue pour soutenir la notation). Il peut aussi proposer un questionnaire sur tablette à remplir dans la salle d’attente pour gagner du temps de consultation. Le Dr Laurence Gérard, expert en troubles des conduites alimentaires a ainsi réalisé 284 expertises entre septembre 2012 et septembre 2013 en utilisant Symptosite. 92,6% des patients ont accepté de réaliser des pré-bilans par Internet. La durée de la première consultation a ainsi été réduite à 30 minutes au lieu d’une heure en évitant les répétitions fastidieuses. Le médecin récupère des fiches de synthèse en PDF qu’il peut ajouter dans ses dossiers patients. Ce test a fait l’objet d’un poster lors du dernier congrès de l’ANTEL car le suivi en ligne, ce n’est rien d’autre que de la télémédecine au quotidien. Symptosite est par exemple utilisé par des praticiens du réseau Morphée.
Le Dr Ounnoughene est bien sûr l’un des premiers utilisateurs de sa plate-forme pour son activité de psychiatre. Ce module comporte un protocole d’évaluation en trois séances (Une consultation d’une heure et deux de 30 minutes) et offre toutes les échelles (Chalvin, Young, etc..) « Le psychiatre peut voir la fiche de son patient avant la consultation ».

Pilotée par les professionnels de santé

Son objectif est faire de Symptosite une plate-forme sur Internet pilotée par les professionnels de santé eux-mêmes et dont le panel de modules couvre tout le champ de la médecine clinique. Il lui faudra alors migrer sur un hébergeur de données de santé agréé (HADS) encore « trop cher pour une start-up », précise–t-il. La sécurité des données est déjà assurée par l’utilisation du protocole sécurisé HTTPS pour le transfert, par un accès login-mot de passe crypté et par des droits d’accès définis par un profil de connexion.
www.symptosite.com, création de la société Actiset. Les services de Symptosite sont proposés en abonnement annuel sous trois formes Modules (Pack de base) Evolution, Clinipass (questionnaire sur mesure en fonction des besoins). A partir de 40 euros/an

 



Withings et iHealth connectés au Medica 2013

La santé connectée s’installe au Medica de Düsseldorf

Dans le pavillon "Santé sans fil" de Medica qui se tient à Düsseldorf du 20 au 23 novembre, on retrouve tous les acteurs de la santé connectée, constructeurs de dispositifs connectés aux smartphones et opérateurs de plates-formes comme Qualcomm…

Withings, le champion français de la santé-forme connectée, va ainsi pour la première fois au salon-congrès Medica
Toujours orienté vers la forme et la santé grand public, Withings qui a levé 23,5 millions d’euros en juillet dernier pour assurer ses développements, réserve ses annonces de nouveautés pour le grand show de l’électronique mondiale, le CES de Las Vegas en janvier. Cette participation à la « messe » (c’est ainsi que les Allemands appelle le forum mondial de Düsseldorf) du matériel médical montre à l’évidence un intérêt croissant pour la médecine et les médecins. De fait, les appareils de Withings comme la balance et le tensiomètre connectés se trouvent parfois commandés par des médecins ou des services hospitaliers dans le cadre de protocole et d’expérimentations. Autre signe de cette évolution, la société était présente pour la première fois, au congrès européen de télémédecine de l’Antel (15 et 16 novembre) et y présentait ses dispositifs connectés. Les matériels se sont adaptés : les mesures de la balance utilisée chez un praticien ou dans un établissement, sont ainsi récupérées par le patient sur son compte Withings où il suit l’ensemble de ses « niveaux de bien-être » en se fixant des objectifs (éventuellement avec son médecin). Le tensiomètre s’est débarrassé de son fil et fonctionne en Wi-Fi (Bluetooth en cours). Pulse, le smart tracker, à la fois podomètre, tensiomètre de doigt (mesure indicative) et analyseur de sommeil doit également pouvoir trouver des applications médicales. Pour le moment, les données enregistrées dans les applications sont stockées dans des serveurs sous forme anonymisée (pas d’agrément HADS). Withings en tire des analyses qui sont parfois rendus publiques mais assure ne pas les vendre. Même si Eric Carreel, son co-fondateur et président, déclarait lors de la levée de fond : « La Big Data est en train d’ouvrir des possibilités auxquelles l’on pouvait seulement rêver il y a quelques années ».

Système de monitorage sans fil et glucomètres

iHealth, société à capitaux essentiellement chinois mais avec un pied aux Etats-Unis et un autre en France pour sa gamme iHealthPro à visée médicale, est présente à Düsseldorf sur deux stands. Outre son tensiomètre BP5, iHealth présente un oxymètre de pouls sans fil (voir le test),
des glucomètres (non encore sur le marché)
dont un modèle qui se connecte sur la prise mini-jack (casque) de l’iPhone (photo).

 

 

 

 

Et enfin, le premier appareil de sa gamme Pro qui est un système de monitorage de Tension artérielle, doté de deux tensiomètres sans fil, qui permet de suivre tension artérielle, index de pression systolique, pression pulsée, pression artérielle moyenne, volume systolique et débit cardiaque. Ce dispositif médical qui sera commercialisé prochainement fonctionne avec l’application iHealthPro pour iPad (iOS 5.1 et supérieur). Un test sera bientôt publié sur Buzz Medecin (rubrique matériel santé connecté). Les données des applications iHealth (iHealth My Vitals, iHealthPro) sont pour le moment stockées sur un serveur américain (sécurisé selon la norme américaine). Et bien sûr pour iHealth Pro dans l’iPad du praticien qui pratique les examens.
 



Santé connectée à Web2connect 2013

Buzz medecin était à WebDeuxConnect 2013 le jeudi 7 novembre. Le rendez-vous des « networkers » depuis 2007. Et depuis peu, de la santé connectée…
Un T-shirt à leur nom attend les inscrits à l’accueil. Le porter c’est important, rappelle Jean-François Ruiz, l’un des organisateurs de la manifestation, sinon vous allez rater des contacts. Des contacts physiques pour ces pro du virtuel. Est-ce que moneyattitude.fr a quelque chose à partager avec lesgateauxplumes ou avec doigtsdanslenet ? organisationpersonnelle.com avec motivation-au-travail ? Etc…Pour le savoir, parlez vous, vous êtes là pour ça, les geeks…

Umanlife.com et iHealth font stand commun

L’an dernier, umanlife.com avait gagné un prix et un stand pour 2013, que le site fondé il y a 18 mois par un ancien du groupe Générale de Santé, a proposé à iHealth de partager.
Entre iHealth qui fournit des instruments d’auto-mesure connectés aux smartphones et sans fil, tel que tensiomètre, balance, glucomètre et oxymètre de pouls (voir précédent article sur le blog) et Umanlife qui développe des solutions de gestions des données santé pour optimiser la prise en charge de sa santé, le partenariat est naturel. Alexandre Pié (Umanlife) et Uwe Diegel (iHealth) (sur la photo centrale) ont tenu ensemble à W2C un « Think about » sur le thème « ces objets qui vous mesurent et vous transforment ». Le quantified self, ça vous dit quelque chose ? Mesure-toi toi-même…aurait dit Socrate. L’automesure de soi-même est un nouveau marché qui affole les compteurs des analystes avec ses milliards de dollars à l’horizon de quelques années… Le marché est pour le moment à 80% américain. La santé connectée y est entrée dans les mœurs. Selon une étude menée en mars, 69% des américains déclaraient suivre un indicateur de santé comme le poids, la tension, etc.

A côté de la panoplie du parfait patient connecté déployée par iHealth qui se livrait sur le stand du W2C à de mini check-up électroniques et ludiques, l’enjeu c’est la Big data santé-forme… La CNIL s’est déjà émue de la prolifération de ces appareils (trackers, montres-connectées, etc). La bonne attitude à prendre est résumée là.
iHealth dispose de son propre serveur sécurisé selon la norme américaine et situé aux Etats-Unis mais peut aussi utiliser ceux de son partenaire Umanlife qui sont en France ceux de la société IDS certifié HADS (Hébergeur agréé de données de santé). Un serveur HADS, c’est très cher pour une start-up mais Umanlife, créé il y a dix huit mois, a préféré cette solution qui donne confiance à l’utilisateur. Ils sont déjà 12.500 à avoir ouvert un « carnet de santé » 2.0 gratuit sur cette plate-forme. 2.0 car outre les renseignements que le patient y inscrit, le site récolte les données des appareils de mesure reconnus (fonction « ajouter une périphérique »). Umanlife.com propose une boutique d’achat de ces appareils ainsi que des applications payantes ou gratuite (suivi tabac sur l’Appstore) pour lutter contre les addictions, suivre sa grossesse, etc. Mais ce sont des partenariats avec les assureurs et les mutuelles qui pourront assurer son développement. En tout cas, ils en sont tous convaincus, l’automesure de soi-même n’en est à ses débuts… Et les médecins eux mêmes devront, de plus en plus, en tenir compte dans leur pratique.