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Ubérisation de la santé : un phénomène liée à l’insatisfaction des patients (et des médecins)

 Après un rapport et un avis de l’Ordre des médecins en février dernier, l’ « ubérisation » de la santé a fait l’objet d’un débat animé pendant la Paris Healthcare Week. Et il suffisait de se rendre le lendemain à Doctors2.0 and You pour achever de s’en convaincre. Ce phénomène, né des possibilités offertes par nouvelles technologies, est à relier aux besoins non satisfaits des patients (de plus en plus experts de leur santé) mais aussi des médecins, demandeurs de temps médical. Un motif de réflexion pour les professionnels de santé et leurs institutions.

Où l’ubérisation peut marquer des points

Pourquoi un secteur d’activité, et la médecine en est un, peut-il faire l’objet d’ « uberisation », néologisme provenant d’Uber, la plate-forme de réservation qui fait de l’ombre aux taxis ?

Ce peut être une question de tarif. En France, avec la gratuité de la majorité des soins et la perspective d’une consultation à 23 euros, ce n’est pas le cas. Il serait difficile d’établir un « business plan » en proposant des prestations moins cher. Il n’y a guère que l’optique et le dentaire qui puissent être concernés. En outre, les professions de santé sont fortement réglementées.

En revanche, des « sociétés intermédiaires » intervenant comme des « conciergeries numériques entre le patient et le médecin, selon les termes du CNOM dans son rapport de février, s’engouffrent dans les créneaux encore insuffisamment pris en compte. Par exemple :

  • le conseil médical complémentaire après une consultation ( plate-forme de conseils, applis, site web)
  • le retour à domicile après des hospitalisations de plus en plus écourtées ( plate-forme d’appel, applis, objets connectés)
  • la prise de rendez-vous médicaux (plate-forme de start-up)
  • le deuxième avis médical (sites web avec téléconseil)
  • le suivi des pathologies à domicile (appli, plate-forme de conseils, objets connectés, observance)
  • les urgences saturées ou trop éloignées dans le cas des déserts médicaux (plate-forme d’appel, téléconsultation, cabine de télémédecine avec dispositifs connectés)

La liste n’est sûrement pas exhaustive. Et comme le faisait remarquer Carole Avril, représentante des patients diabétiques lors de la conférence de la FHF animée par Dominique Lehalle (journaliste, DL Infos) à la Paris Healthcare Week, "l’uberisation de la médecine est-elle en marche?", la médecine a déjà été ubérisée par SOS médecins dont la mise en place suscita à l’époque de nombreuses oppositions…ce qui change c’est le numérique.
Comme le dit le Dr Amina Yamgane (hôpital Américains), gynécologue, rappelant qu’"enceinte" est le mot le plus googuelisé au monde, « nous n’avons pas été biberonnés à la notation par le patient au cours de nos études et pourtant les patients sont demandeurs de services. Plus aucune patiente ne tolère de ne pas avoir une photo de son échographie après l’examen de son bébé,
« Les patients n’ont plus de limite, renchérit Filippo Monteleone, ancien directeur d’hôpital, quand il veut savoir, ou être soigné, ou avoir un enfant, le patient se réfère à son éthique individuelle non à l’éthique collective. On le voit bien avec la GPA sans frontière. »
Le Dr Cécile Monteil, généraliste urgentiste à l’hôpital Robert Debré et fondatrice du réseau Eppocrate, s’efforce quant à elle de faire percevoir à ses confrères, encore méfiants, les bénéfices de la révolution digitale. Les 1.800 membres d’Eppocrate, médecins à 70% sont déjà des convaincus. Ces derniers savent bien qu’ils n’ont pas fait dix ans d’étude pour être remplacés par des algorithmes mais ils cherchent à gagner du temps médical et de l’efficacité ; « C’est insupportable d’être obligée de faire 17 clics-je les ai comptés- pour prescrire une radio aux urgences de l’hôpital ». L’important c’est d’accompagner ces praticiens dans les révolutions numériques pour qu’ils s’approprient ces technologies.
Comme le souligne Denise Silber, organisatrice de Doctors 2.0, le mouvement né du numérique est double : répondre au burnout des PS et à l’insatisfaction des patients qui se sentent mal pris en compte par le système.
Les médecins ont tout à gagner de la collaboration avec les patients. Le Dr Didier Mennecier, médecin geek, est venu témoigner à Doctors 2.0 & you du bien fondé de faire tester par les patients de deux associations, son application Dr MICI pour la prise en charge des maladies inflammatoires chroniques de l’intestin,  et de collaborer avec l’AFD 75 pour une nouvelle appli destinée aux diabétiques.

Co-construire entre médecins et patients

Les patients usagers, de leur côté, rêvent de pouvoir co-construire le fonctionnement de l’hôpital, les services, les nouveaux objets connectés, etc. Les diabétiques ont mis en place le diabète-lab. Chanfi Maoulida (hopitalweb2.com) le constate : quand on met en place un projet collaboratif, « au début, on a l’impression de perdre beaucoup de temps en bla-bla mais par la suite, cela marche beaucoup mieux ».
Le Dr Yamgane comprend parfaitement cette demande :« Si la table d’examen gynécologique avait pris en compte l’avis des femmes, elle aurait une bien autre allure » .

Un deuxième avis dans les clous

Clairement visé par le rapport du CNOM, le site deuxiemeavis.fr estime sur son stand à Doctors 2.0, s’inscrire dans « un mouvement de démocratisation de la santé » car bien souvent seules les personnes qui ont des relations dans le milieu de la santé en bénéficient.
Certes, l’avis est facturé 295 euros (tout compris). Mais le site développe des partenariats avec des complémentaires santé et des associations. Il met en avant ses experts validés par un conseil scientifique présidé par le Pr Laurent Degos ancien président de la Haute autorité de santé, ce qui n’est pas rien. Regrettant que le droit à un deuxième avis ne soit pas expressément établi par la loi, contrairement à ce qui se passe en Suisse, en Allemagne, en Suède, aux Etats-Unis. Il est juste prévu dans le cadre du plan cancer.
Se référant au rapport de l’Ordre, le site estime être parfaitement dans les clous pour des activités de télémédecine et de télé conseil personnalisé qui rentrent dans le champ de la téléconsultation. A suivre.

Nous n’en sommes qu’au début

A Doctors 2.0, Denise Silber, organisatrice du congrès, l’a affirmé «, nous n’avons pas encore tiré partie de toutes les possibilités offertes par la santé digitale ». Entre les petits robots "origami" qui se déplieront dans le corps humain après avoir été avalés, les capteurs qui vont pouvoir tout mesurer dans toutes les parties du corps (est-ce bon pour le patient ?), les consultations par Skype (pour 2018), la « disruption numérique » n’en est qu’à ses débuts et va avoir un « impact majeur sur le système de santé, l’organisation des soins et des prises en charge, l’exercice médical et la sécurité des patients » rappelle le CNOM ce qui « impose une accélération des travaux » auxquels il participe avec les autorités sanitaires et de protection sociale en France et en Europe..



Echanges de santé sécurisés : MSSanté sur la voie du succès ?

 

Michel Gagneux, directeur de l’ASIP Santé, veut y croire : « Nous sommes en train tous ensemble de réussir ». La conférence de presse qui s’est tenue le 25 mai sur le stand de l’ASIP Santé dans le cadre de la Paris Healthcare Week, a en tout cas réuni les principaux acteurs du déploiement du service MSSanté, ouvert en 2013.

Où en est-on exactement ? La majorité des gros producteurs de comptes rendus d’hospitalisation (CR) sont désormais compatibles MSSanté ou en passe de le devenir : 27 des 32 CHU et 460 des 600 grands établissements. Ce qui fait dire à l’ASIP Santé que fin 2016, 80% de l’activité hospitalière pourra transmettre des CR.
Dans quelques régions, il existe déjà de brillants exemples comme le CH de Compiègne Noyon qui a envoyé depuis 2015 72.000 CR à 550 médecins destinataires et reçu 2200 courriels de 31 correspondants. Certains sont évidemment plus actifs que d’autres. Et si le CHU de Toulouse envoie 25 000 mails/ mois vers plus de 2000 libéraux principalement médecins, c’est qu’une messagerie régionale était déjà en place et qu’il a suffit de la rendre compatible. L’AP-HP va équiper l’ensemble de ses établissements de messageries sécurisées MSSanté dans le cadre de son opération médecin partenaire à partir de cet automne.

MMSanté-DMP, même combat

Du côté des professionnels santé libéraux, 25.000 boites aux lettres MSSanté nominatives ont été ouvertes. En liaison avec les Ordres professionnels, celles-ci ont des adresses @medecin.mssante.fr, @infirmier.mssante.fr, @pharmacien.mssante.fr, etc. Yvon Merlière (CNAM) a expliqué que le réseau des CIS (conseiller informatique service) des CPAM allait se mobiliser, après un test dans trois CPAM d’ici la mi-juillet, puis dans 9 départements à partir de septembre, pour un déploiement généralisé en 2017. MSSanté servira également pour l’alimentation du DMP : « MSSanté-DMP, même combat ».
Président de la FEIMA (Fédération des éditeurs d’informatique médicale ambulatoire), Francis Mambrini a souligné que plusieurs de ses membres avaient réalisé l’intégration de MSSanté (CLM, CGM). On sait aussi qu’eO fait partie des logiciels compatibles. Les logiciels infirmiers s’y mettent ainsi que les pharmaciens. Le régime d’autorisation unique qui a été mis en place pour la déclaration CNIL facilite le travail. « Nous allons démultiplier les usages » se réjouit Michel Gagneux, évoquant le travail mené avec les biologistes sur la structuration des résultats de biologie, qui permettra au professionnel de les intégrer directement dans les dossiers des patients.

Et Apicrypt ?

Reste à ouvrir l’espace de confiance MSSanté à Apicrypt (qui avait aussi un stand à la Paris Health Week). Forte de ses 60 000 utilisateurs (dont 41 500 libéraux), la « première messagerie médicale sécurisée de France » voit passer 65 millions de messages/an (essentiellement des résultats d’examens) et a fait « le plus gros de l’intégration à MSSanté » assurait le Dr Caron, président d’APICEM en mars dernier (voir l’article) mais attend depuis 15 mois son agrément d’hébergeur de données de santé. Une polémique s’est ouverte la veille de la conférence et l’agence gouvernementale s’est fendue d’un communiqué rappelant que l’espace de confiance MSSanté était ouvert à tous et qu’il ne s’agissait pas d’une messagerie destinée à remplacer toutes les autres. Michel Gagneux et le Dr Alain Caron doivent se rencontrer le 1er juin… A suivre !

 



Simulation numérique : MedicActiv va ouvrir fin 2016 avec plus de 80 cas cliniques en 3 D

Interaction Healthcare, spécialisée dans la e-santé, a profité de la tenue de la conférence annuelle de son département de simulation numérique SimforHealth pour annoncer un tour de table réussi de 5 millions d’euros qui va lui permettre de développer ses activités dans le domaine de la simulation au service de la formation des professionnels de santé. Déjà à son actif,  la formation de 22 000 professionnels de santé.

Un patient virtuel mais un raisonnement naturel

cac clinique virtuel

Présidée par Jérôme Leleu, l’entreprise créée il y a 8 ans est portée par l’exigence actuelle « jamais la première fois sur le patient » qui voit l’introduction de mannequins robotisés très réalistes pour l’enseignement des gestes et de simulateurs pour le raisonnement diagnostic. Si les étudiants restent polarisés sur la réussite des ECN, à partir de l’internat, les cas cliniques interactifs et virtuels sont appréciés pour la formation initiale puis la formation continue. Le pilote de 5 cas cliniques mis en ligne à l’automne dernier sur la plate forme de simulation numérique dédiée à la santé, MedicActiv, a permis de repérer le niveau de précision souhaité par les utilisateurs. « Si vous devez porter un diagnostic, c’est à vous de penser par vous même quels examens vous devez prescrire. Certains nous ont ainsi demandé d’enlever les pastilles de couleurs que nous avions installés pour les guider ». L’examen clinique virtuel doit rester dans le cadre du raisonnement naturel. « Tout cela relève encore du domaine de la recherche. Une socio-anthropologue, Caroline Simonpietri fait actuellement sa thèse chez Interaction Healthcare.

Un rendu 3D simple à utiliser

En septembre, c’est le moteur Patient Genesys permettant le rendu de cas clinique avec un patient virtuel qui sera mis à disposition des universitaires, chercheurs, médecins, établissements qui souhaitent développer leurs cas cliniques. « Nous achevons de le rendre le plus simple possible » « Il y a une appétence très fort, pour notre démarche et nos outils, souligne Jérôme Leleu. Notre collaboration avec les universités de Bordeaux et de Montréal porte ses fruits, le service de Santé des armées est intéressé. Le CHU du Kremlin Bicêtre va intégrer la plate-forme dès septembre, pour la formation des étudiants de 3e année ». Les contenus seront payants sous forme d’abonnement (pour les établissements), ouverts par les universités avec rémunération des auteurs (et 30% pour MedicActiv selon le modèle d’iTunes). Des mutuelles peuvent aussi proposer des contenus aux médecins. Pasteur Mutualité veut ainsi offrir des formations à ses adhérents.
Fin 2016, MedicActiv ouvrira avec plus de 80 cas cliniques dont 40% en anglais.
Pour Jérôme Leleu tout cela montre bien que la simulation numérique en 3 D est l’un des axes majeurs de la e-santé d’aujourd’hui et de demain. A suivre…