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Journées FFMPS à Nantes (2) : quelle télémédecine pour les MSP ?

En cette année 2018, où les pouvoirs publics veulent faire passer les actes de télémédecine dans le droit commun, les maisons de santé pluridisciplinaire ne pouvaient être en reste et la fédération a bine sûr organisé plusieurs ateliers sur le sujet avec la participation du terrain

Où en sont les MSP ? Pour beaucoup d’équipes de soins primaires, participants à l’atelier ", Télémédecine en MSP : ça marche ?", l’expérience de la télémédecine se résume à l’envoi d’images à un spécialiste ce qui correspond à une « téléexpertise ».
Soit en service rendu gratuitement dans le cadre des bonnes relations soit en s’abonnant à des services de société privées qui donne un avis sur un ECG ou une photo suspecte… Une MSP de six médecins témoigne de son expérience en liaison avec deux cabinets de dermatologues, pour la détection des cancers. La maison est equipée d’un appareil photo et d’un dermatoscope installé au niveau de l’accueil pour une utilisation facilitée. Les médecins prennent le cliché, les donnent au secrétariat, l’infirmière remplit la fiche patient et envoie au cabinet distant. « Nous traitons ainsi 200 dossiers par an et chaque année des tumeurs sont détectées ce qui permet au patient d’obtenir un RV rapidement. Nous allons aussi utiliser un smartphone sécurisé par le GCS régional, pour les visites.
D’autres ont participé à des expérimentations et ont été dotés dans ce cadre d’un magnifique matériel avec caméra vidéo et grand écran permettant des téléconsultations …qui se révèle très peu utilisé. « C’est souvent dans l’urgence qu’il nous faudrait un avis or le confrère spécialiste n’est pas toujours disponible, ce qui réduit l’intérêt ».
Des infirmières Azalée participent la télésurveillance de patients en insuffisance cardiaque avec une balance connectée installée au domicile de leurs patients. Plusieurs MSP citent la venue d’orthoptistes pour la détection des rétinopathies
Il résulte au total de ces témoignages contrastés, l’impression générale d’une activité chronophage dont on craint qu’elle ne soit en plus gênée par des problèmes de connexion. Beaucoup reste à faire notamment en matière d’informations concrètes.

Profiter des opportunités pour se lancer

C’est ce à quoi se sont employés les organisateurs de l’atelier qui ont invité les participants à se lancer et à profiter des opportunités
« Il y a des avancées, il faut s’en emparer » soulignant que si les acteurs de soins primaires ne se mobilisaient pas, les mutuelles qui sont déjà en train de mettre la main sur la téléconsultation au profit de leurs adhérents, vont occuper le terrain. Alors que c’est au médecin traitant d’être à la base de l’activité de télémédecine.
La télémédecine en EHPAD avec les généralistes d’une MSP, c’est déjà pris en charge, il suffit qu’ils soient sollicités par le médecin coordinateur. L’équipement se limite à une ligne sécurisée SDSL connectée (2Mega de débit) à la plate-forme eSanté régionale, un ordinateur avec caméra et micro et un grand écran permettant de voir le patient en taille réelle ainsi qu’un logiciel de transmission de recueil de données et de transmission du résultat de l’expertise. Ne pas oublier d’informer son assurance professionnelle et le conseil départemental. Les RV peuvent être pris à l’avance. Le MG reçoit par messagerie sécurisé le document SAED (Situation Antécédents, Evaluation Demande). Il se connecte lorsque le patient est prêt avec l’IDE à ses côtés. L’EPHAD est équipé comme la MSP avec en outre des dispositifs connectés comme un stéthoscope et un ECG.
Pour la télésurveillance des maladies chroniques, les six cahiers des charges du programme ETAPES qui assurent jusqu’à 28 000 euros de financement sont sortis.
Concrètement, les équipes de soins primaires ne peuvent se lancer que dans la télésurveillance des diabétiques et les infirmières Azalée être en vigilance pour certains malades chroniques.
Signe de cette opportunité pour les MSP, était d’ailleurs présent à Nantes, Air Liquide Healthcare et son offre Chronic Care Connect développée pour la prise en charge à distance des patients à risque de complications et ré-hospitalisations dans trois pathologies chroniques dont le diabète mal-équilibré sous insuline.
Tandis que plusieurs éditeurs de logiciels pour MSP commencent à se positionner. « Vous souhaitez vous lancer dans la téléconsultation ? Nos experts sont à votre disposition pour répondre à vos questions » pouvait –on lire sur un dépliant de Cegedim logiciels médicaux. CLM en partenariat avec Healphi propose d’installer des cabinets de téléconsultation tenus par des infirmières avec des médecins distants dans le cadre des financements ETAPES (rémunération de 25€ pour les actes dérogatoires). Une offre qui peut intéresser les CPTS. En attendant d’intégrer la consultation dans les logiciels CLM.
Chez CompuGroup Medical, on laisse juste entendre que l’on dispose déjà d’une partie des briques nécessaires à de telles évolutions avec CGM life & eservices : gestion des RV en ligne et services aux patients



Journées FFMPS à Nantes : les systèmes d’information partagée des MSP à l’épreuve du terrain

FFMPS nantes 2018Près de 1000 participants pour les journées de la FFMPS qui se sont tenues à Nantes les 9 et 10 mars. Ambiance collaborative assurée (voir photo de la séance d’ouverture!) pour le 10ème anniversaire de la Fédération française des maisons de pôles de santé. Mais sur le terrain, l’"interpro" n’est pas toujours facile à gérer notamment pour le système d’information. Huit éditeurs de SI partagés étaient présents.*

964 MSP ouvertes au 1er janvier 2018 (contre 910 au 14 mars 2017). Si le rythme de croissance des ouvertures a pu sembler exponentiel, il se ralentit tout de même un peu, car il se passe toujours un certain temps entre le projet et la réalisation…Pour tenir l’objectif de 2000 MSP sur le territoire, affiché dans le programme santé du candidat Macron et évoquée par Nicolas Revel, lors de la session d’ouverture, il faudrait mettre les bouchées doubles. Le directeur de la CNAM, a rappelé le grand chantier prioritaire de la structuration des soins primaires, première source de tension quant à leur accès et à leur financement. « Les organisations collectives constituent une voie évidente » et il se réjouit que 538 structures aient signé l’ACI (Accord conventionnel interprofessionnel du 20 avril 2017) ce qui leur permet de recevoir 50% d’aide supplémentaire. L’arrivé des CPTS (Communauté professionnelles territoriales de santé) –il n’y en aura pas sans MSP- nécessitera aussi un nouveau cadre conventionnel. Nicolas Revel a aussi mis l’accent sur l’article 51 qui devrait susciter de nombreux projets et libérer vos initiatives concernant des épisodes de soins…

Choix du SI  : un "casse tête" qui ne doit pas se faire dans la précipitation

Ce système d’aide (NMR, nouveau mode de rémunération) est assorti d’obligations qui peuvent se révéler néfastes en précipitant les choix. Ainsi de l’exigence pour 2017, d’avoir un SI labellisé ASIP Santé en version V2, est apparue comme un ultimatum pour changer de logiciel (le Si compte pour 1/3 dans la rémunération) si celui-ci n’était plus aux normes. Or l’atelier « SI partagé : Mythe ou réalité » animé par le Dr Pierre De Haas, ancien président de la FFMPS et créateur de la société Espage (équipe de soins primaires, accompagnement, gestion, exploitation) a montré les effets pervers d’une informatisation en urgence. Un projet d’informatisation dure entre six et dix-huit mois et doit arriver seulement lorsque la structure est suffisamment mature sur le plan organisationnel, pour une bonne prise en compte des besoins.

Répartis en petits groupes, les participants de l’atelier ont été invités à consigner les freins et les avantages des SI partagés. Les éléments les plus bloquants : l’investissement en temps (chronophage), les besoins différents entre les médecins et les paramédicaux, la formation souvent insuffisante, les problèmes techniques auxquels s’ajoute dans certain cas l’insuffisance du débit (déserts numériques). Le secret professionnel est encore parfois évoqué même si le décret du 26 janvier 2016 a repoussé ses limites à la notion de secret interprofessionnel. Ajoutons à cela une communication avec les éditeurs un peu « instable » et ce d’autant plus que les PS dès qu’ils se heurtent à une difficulté , ont tendance à accuser le logiciel et se bloquent rapidement.

Des constats de terrain renforcés par les analyses d’Apolline Rouzé (fédération régionale FemasNord) dans son mémoire de fin d’étude**. Six équipes de MSP ont répondu à ses questions. Il en ressort que la mise en place du SI, c’était « laborieux », « un véritable casse-tête ». Il y a eu des déceptions car la démo de l’éditeur ne correspondait pas toujours à la version diffusée et la facturation n’était pas toujours efficace pour tous les PS malgré le label ASIP.
Force est de reconnaitre aujourd’hui qu’entre 2012 et 2014, les éditeurs ont bien souvent essuyé les plâtres avec les utilisateurs des MSP !
Les équipes manquent toujours d’information sur ce qu’est le SI partagé et sur les critères retenus par l’ASIP Santé pour son label (244 exigences) « Nos visites sur site entre novembre 2016 et avril 2017 avec des scénarios de conformité ont suscité 150 réserves qui étaient toutes levées en juillet. Les 13 solutions ayant reçu le label V2 respectent les exigences, souligne Emmanuel Clout, responsable du programme de labellisation à l’ASIP Santé. L’ASIP a d’ailleurs élaboré en 2016 des recommandations à l’usage des porteurs de projets.

Des avantages bien perçus

Les avantages d’un SI partagé sont en revanche bien perçus : indispensable à la coordination des soins, il va renforcer la cohésion de l’équipe.
Une fois bien rodé, il fait gagner du temps. Partagé le dossier est mieux tenu ce qui aura pour effet une meilleur prise en charge du patient et plus de sécurité. A terme, cela permettra de développer la recherche en soins primaires.
Moyennant quoi, la majorité des équipes n’utilise que très peu le logiciel de façon pluridisciplinaire. Ce qui sert le plus : la messagerie instantanée, les mises à jour des vaccins, la consultation des ordonnances, les petites notes et alertes, la consultation des résultats biologiques, la numérisation des courriers, la complétion du dossier patient. Le manque de formation, non pas seulement lors de l’installation mais au fil du temps est évident.
Enfin, les professionnels de santé n’investissent pas assez dans leur SI : moins de 2% de leur chiffre d’affaire. De plus lors de l’élaboration du projet de MSP, le SI est bien moins pris en compte que la construction et l’aménagement des locaux.
Le bon fonctionnement du SI est d’autant plus important que « demain les représentants des soins primaires ne pèseront dans le débat que s’ils sont capables d’analyser leur données » souligne Le Dr De Haas, rappelant le contexte des GAFA et de leurs entrepôts de données « il y a un retard à combler dans les cinq ans qui viennent ».

*Aatlantide avec ActeurCS.fr, CLM avec Solution MSP (MLM + logiciels paramédicaux de RM), CGM avec Axisanté et Hellodoc , Hypermed, ICT avec Chorus, Prokov avec Medistory 4 en version Visu (commercialisé), Silk informatique avec éO MSP, Weda

** Mémoire M&M – Apolline Rouzé
Voir l’article du blog sur les journées FFMPS 2017