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10 Fév 2020

Un logiciel de gestion des dossiers médicaux condamné aux Etats-Unis pour avoir poussé les médecins à prescrire des opioïdes

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C’est parce que la justice s’est emparée de l’affaire que des médias américains comme Bloomberg, suivi par Reuters, ont fini par la révéler fin janvier : entre 2016 et 2019, le logiciel Practice Fusion, une des principales plates-formes en ligne médicale, a été payé par l’industrie pharmaceutique pour inciter à la prescription d’opioïdes contre la douleur. Ce qui montre, s’il en était besoin, toute la pertinence de la démarche de la Haute Autorité de Santé en matière de certification des logiciels d’aide à la prescription.

Lorsque le praticien commençait son ordonnance, le logiciel lui proposait une fonction d’aide à la prescription avec l’apparition d’une fenêtre d’alerte demandant le niveau de douleur du patient. Puis un menu déroulant listait les traitements de l’envoi chez un spécialistes à la prescription d’un anti-douleur sous forme d’opioïdes. Il suffisait de cliquer sur un bouton pour obtenir le plan de traitement. Un outil somme tout anodin aux yeux du praticien. Mais qui avait fait l’objet d’un accord secret avec un fabricant d’opioïdes.
Entre 2016 et le printemps 2019, l’alerte aurait été vue 230 millions de fois.
Practice Fusion, une start-up californienne, fondée en 2005, a en effet rapidement rencontré le succès avec un logiciel en ligne gratuit utilisé dans plus de 20.000 cabinets.

Condamnée à verser 145 millions de dollars

Le contrat avec Purdue Pharma, fabricant ente autres de l’Oxycodone, aurait rapporté 1 million de dollars à Practice Fusion.
Tandis que des documents internes à Practice Fusion, estiment à 11,3 millions de dollars le retour pour le laboratoire.
La start-up, rachetée entre temps, a été condamné après enquête, par le tribunal fédéral du Vermont à verser 145 millions de dollars : 26 millions d’amende judiciaire et 119 millions pour liquider les procès en cours. Dans un pays moins réglementé que le notre, la justice frappe fort au porte monnaie !  L’enquête a révélé qu’un total de 14 promotions pour des produits pharmaceutiques auraient été introduits subrepticement dans le logiciel entre 2013 et 2019.
L’entreprise Allsrcipts Healthcare solutions, société mère de Pratice Fusion depuis 2018 assure que ces pratiques relevent du passé et que tout est désormais conforme. Depuis juin 2018, l’abonnement à Practice Fusion, par ailleurs très apprécié des praticiens, est devenu payant.
La crise des opioïdes qui sévit aux Etats-Unis depuis une vingtaine d’année et aurait causé plus de 300 000 décès, a révélé comment on pouvait passer d’un abus de prescription à une épidémie aigue, liée à la dépendance. Le président Trump a d’ailleurs déclaré l’urgence sanitaire en octobre 2017.
Dès 2016 , les centres pour la prévention et le contrôle des maladies (les CDC) avaient sorti de nouvelles directives sur le traitement par opioïdes, recommandant des médicaments à action courte ou des alternatives. Des recommandations dont Pratice Fusion et son client n’ont visiblement pas tenu compte…

Cette épisode,  même si la situation française apparait bien différente, avec une publicité pharmaceutique strictement réglementée et des logiciels d’aide à la prescription (LAP) certifiés par la HAS* avec « absence de toute information étrangère à la prescription et de publicité de toute nature » montre en tout cas qu’en matière d’informatique médicale la vigilance s’impose toujours car il n’est pas si difficile d’introduire un biais peu visible pour l’utilisateur…

*Cette certification n’est plus obligatoire dans la perspective du marquage CE des LAP mais recommandée car apportant des « garanties complémentaires » (décret du 20 aout 2019).
 L'article de Bloomberg en anglais

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